mercredi 4 avril 2018

Le Monde Selon Britt-Marie


Le Monde Selon Britt-Marie
Titre original: "Britt-Marie Var Här" (Traduction: "Britt-Marie était ici")
Auteur: Fredrik Backman
Editeur: Mazarine
Traduit du suédois par: Laurence Mennerich
Nombre de pages: 397

Je remercie Babelio et Mazarine pour cette lecture,
lue dans le cadre de la Masse Critique Babelio. 

* Quatrième de Couverture *

Britt-Marie, soixante-trois ans, n'est absolument pas passive-agressive. C'est juste que la crasse et les couverts rangés n'importe comment la font hurler intérieurement. Après quarante ans de mariage et une vie de femme au foyer, elle a besoin de trouver un emploi au plus vite. Le seul poste qu'on lui propose la conduit à Borg, un village frappé par la crise qui s'étire le long d'une route où tout est fermé, à l'exception d'une pizzeria qui empeste la bière. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'à Borg le ballon rond est roi - et s'il y a une chose que Britt-Marie déteste plus que le désordre, c'est le football. Alors, quand les enfants du village ont si désespérément besoin d'un entraîneur que la commune est prête à confier le boulot au premier venu, peu importe qu'elle n'y connaisse rien ! Pas du genre à se laisser démonter, Britt-Marie, avec sa nouvelle casquette de coach, entreprend de faire un grand ménage à Borg, qui a, comme elle, besoin d'un renouveau et d'une seconde chance.

"Le Monde Selon Britt-Marie" est l'histoire d'une femme qui a attendu toute sa vie que la sienne commence enfin. Un plaidoyer chaleureux pour tous les marginaux qui peuplent nos vies sans qu'on leur prête attention - alors que leur vision du monde peut transformer le nôtre.
  
* Mon Avis *

Véritable feel-good, ce roman m'a fait passer de bons moments.

C'est en apprenant la crise cardiaque de Kent, son mari, que la vie de Britt-Marie change. En l'apprenant par la maîtresse de celui-ci. Après avoir harcelé une conseillère de l'agence pour l'emploi de sa ville, Britt-Marie se retrouve à Borg - une localité au bord de la faillite -, sous-payée pour garder la MJC du village qui doit fermer ses portes d'ici trois semaines. Très vite, elle fait la connaissance, à contrecoeur, des autres habitants: la tenancière d'une pizzeria douteuse, qui a plus d'un tour dans son sac; des enfants adorant le football mais y jouant, sur un parking, d'une manière déplorable; un policier charmant, mais dont la timidité et la peur de s'imposer semblent contrecarrer son statut de force de l'ordre; des jeunes désoeuvrés qui ont tout l'air de délinquants, une malvoyante hargneuse n'hésitant pas à jouer de sa canne... tout un chapelet de personnes qui vont autant horrifier Britt-Marie que lui permettre, petit à petit, de se transformer. Entre deux sessions intensives de ménage, sa passion.

Tout en humour et sarcasme, ce récit nous présente une femme de soixante-trois ans vraiment atypique, et dont l'ignorance de certaines choses de la vie est parfois ahurissante.
La plume de l'auteur est très agréable: il raconte, à la troisième personne, l'existence de Britt-Marie par des descriptions qui veulent souvent dire leur contraire. Exemple avec la première phrase de la quatrième de couverture, nous indiquant que l'héroïne "n'est absolument pas passive-agressive", alors qu'elle l'est. Britt-Marie n'a donc aucun préjugés, n'est jamais sur la défensive, ne juge personne, n'est certainement pas une geignarde, ne manque pas d'imagination, expire toujours avec bienveillance car, non, ce ne sont pas des soupirs impatients... Et, évidemment, il faut comprendre le contraire ! Cette manière de dire les choses m'a beaucoup amusée et nous aide à comprendre en même temps, que l'héroïne est une femme rigide, qui a des idées arrêtées et beaucoup de mal à penser autrement, qu'elle est un peu l'archétype, en fait, de ces personnes âgées qui se pensent trop vieilles pour évoluer. Mais tout ça, chaque détail de son caractère, et chacun de ses défauts la rendent terriblement attachante. Ceci dit, Fredrik Backman pousse encore plus loin en faisant de sa protagoniste une véritable ignorante: ce n'est pas qu'elle déteste le football (quoiqu'en dise le résumé), elle n'y connait juste absolument rien de rien (le jeu en équipes, le principe de base, les supporters...), et n'en voit pas l'intérêt; l'humour est presque un mot qui lui est étranger (lorsque des personnes rient autour d'elle, elle pense que ce sont des moqueries à son encontre); utiliser une machine à café moderne n'est pas envisageable, et se servir d'un téléphone portable ou remplir sa voiture de carburant sont des nouveautés pour elle. Certaines situations m'ont tout de même fait lever les yeux au ciel, les exagérations sont parfois exaspérantes.
Mais l'ensemble est tout à fait sympathique et j'ai adoré: les astuces de ménage, transmises tout au long du récit (vive le bicarbonate !), que l'un des personnages soit nommé "Quelqu'un" durant toute l'histoire, ou que l'on puisse apprécier ce roman même si nous n'aimons pas le football - en effet, c'est l'un des sujets porteurs mais il n'est pas intrusif.

Ce roman est aussi drôle que touchant, je le relirai à l'avenir avec plaisir, il recèle des passages poétiques, émouvants, une belle note d'espoir, et démontre qu'il n'y a pas d'âge pour apprendre à vivre et surtout que nous ne devons pas subir notre existence. J'aime beaucoup la phrase du résumé: "Le Monde Selon Britt-Marie" est l'histoire d'une femme qui a attendu toute sa vie que la sienne commence enfin. Ca résume parfaitement ce roman.
 
* Parlons Couverture *

Aïe, aïe, aïe... Je vais être franche: je n'aime pas du tout cette couverture. Pourtant elle réunit les ingrédients principaux - accessoires de ménage, ballon de football - et j'aime le fait que le titre soit, en partie, écrit sur le seau. Mais... comment dire ? Je ne trouve tout simplement pas cette composition esthétique: les couleurs ne m'attirent pas - ce fond gris-bleuté et ce vert, ajoutés à l'orange de la vignette... - et je trouve la phrase d'accroche passable: "La vie a parfois besoin d'un second coup d'envoi". Si je croisais ce roman dans une librairie, je ne voudrais pas l'acheter et, à vrai dire, je crois que je ne le remarquerais même pas. Pour le coup, je préfère la version anglaise, ci-dessous.





Citations:

* Britt-Marie trouve qu'être en vie exige un nombre incroyable de formalités, de nos jours. Une quantité absurde de paperasse pour faire partie de la société.

* Quand il n'y a plus un bruit, on n'a aucune garantie que quelqu'un sait qu'on existe.

* Le froid isole les gens, il frappe le monde de mutisme.

* "On aime le football parce que c'est instinctif. Quand un ballon roule vers nous dans la rue, on tape dedans. On l'aime pour la même raison qu'on tombe amoureux. Parce qu'on ne peut pas s'en empêcher."

* Chaque relation a ses mauvais côtés, car les gens ont tous des faiblesses. Quand on vit avec quelqu'un, on apprend à composer avec ses défauts de différentes façons. On peut, par exemple, les considérer comme des meubles très lourds: on s'habitue simplement à faire le ménage autour d'eux. A entretenir l'illusion. Bien sûr, on sait que la poussière s'accumule en-dessous, mais on apprend à ignorer ce détail tant qu'il reste invisible aux invités. Mais un beau jour, quelqu'un déplace le meuble sans autorisation et tout éclate au grand jour. La poussière et les griffures. La teinte du parquet longtemps privé de lumière. A ce moment-là, il est trop tard.

* Les villages ont beaucoup en commun avec les gens. Tant qu'on ne pose pas trop de questions et qu'on ne déplace pas les meubles, on n'a pas à affronter leurs pires côtés.

* Il est difficile de ne pas vouloir retourner à sa vie normale quand on a compris la force que cela exige, d'en commencer une nouvelle.

* Il y a un âge auquel presque toutes les questions qu'une personne peut se poser tournent autour d'un seul sujet: comment vivre sa vie ?

* La passion est enfantine. Banale et naïve. Elle n'est pas acquise, mais instinctive, nous submerge. Nous renverse. Nous entraîne. Les autres sentiments appartiennent à la terre, mais la passion relève de l'univers. C'est pour cela qu'elle en vaut la peine. Pas pour ce qu'elle nous apporte, mais pour ce qu'elle nous demande de risquer.

* C'est étonnant, le pouvoir que peut avoir un endroit où on n'est jamais allé.

* La mort est l'ultime état d'impuissance. L'impuissance est les plus extrême état de désespoir.



Suzy Bess.

  

2 commentaires:

  1. Il a l'air pas mal intéressant ce roman. Je le note dans un coin de ma petite tête. Il y a plein de place dedans^^.

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