dimanche 30 juin 2019

"La Route", Cormac McCarthy


La Route
Titre original: "The Road"
Auteur: Cormac McCarthy
Édition: Points
Traduit de l'anglais (États-Unis) par: François Hirsch
Nombre de pages: 253

* Quatrième de Couverture *

L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un Caddie rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre: des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité. Survivront-ils à leur voyage ?

"Comment saurait-on qu'on est le dernier homme sur Terre ?"
 
* Mon Avis *

Concis, ce roman est néanmoins particulièrement intense.

Un homme et son fils marchent sur une route; voilà une idée bien simple en vérité. Mais viennent la compléter des éléments forts qui font toute la puissance de ce récit: cet homme et son fils sont faméliques. Pourquoi ? Car leurs journées sont une perpétuelle dépense d'énergie pour en trouver un nouvel apport, une marche inlassable pour survivre, une quête constante de nourriture. Pourquoi ? Parce que la Terre a brûlé, elle n'est plus qu'un amas de cendres qui volent dans l'air, se posent et s'infiltrent partout; impossible de faire pousser quoi que ce soit, les végétaux et les animaux sont morts, les magasins et les maisons ont été pillés. Dans des vêtements en loques, l'homme et son fils continuent leur marche sous tous les temps, dans un froid insoutenable qu'un maigre soleil ne parvient pas à réchauffer, avec un but qu'ils ne sont pas certains de croire eux-mêmes et l'espoir de ne pas croiser sur leur route ces humains qui n'ont pas trouvé meilleur moyen de survivre que de manger d'autres humains.

Le style de l'auteur est décousu, écorché, je ne m'y attendais pas et ai été étonnée par les premières pages. Mais l'on s'y habitue rapidement et nous sommes bientôt assez captivé pour ne plus penser au fait qu'il n'y a quasiment pas de virgule dans ce texte. En jetant sur la page des pensées sur le vif ou la description de ce que font nos deux héros, l'auteur installe une ambiance vraiment spéciale, sombre, une indubitable tension; Cormac McCarthy n'a pas besoin d'écrire le mot "angoisse" pour qu'on la ressente à chaque instant, il lui suffi de placer quelques regards en arrière sur la route ou sur les côtés pour que l'on comprenne cette sensation d'alerte liée à la survie. Et malgré les maigres descriptions, nous visualisons très bien ce monde ravagé dans lequel évoluent les protagonistes. Les dialogues sont pauvres et intégrés au reste du récit, sans distinction; c'est troublant au début, mais encore une fois: on s'y fait. L'austérité du texte et de l'univers est assez fascinante, il en ressort un message poignant pour la préservation de la planète.
À noter qu'il faut saluer le travail de traduction de François Hirsch, ça n'a pas dû être évident du tout: bravo !

Le climat de peur de ce roman et la manière dont il nous est raconté sont vraiment intéressants, j'ai été absorbée par ma lecture sur une terre ruinée qui fait froid dans le dos; c'est un texte inquiétant et profondément captivant. Je suis maintenant curieuse de découvrir si l'adaptation cinéma de ce livre a su retransmettre cette émotion particulière !
 
* Parlons Couverture *

Il existe de nombreuses éditions de ce roman: l'une avec, en couverture, l'affiche du film de John Hillcoat, une avec la photo d'un Caddie au pied d'un arbre (un objet important du roman), et tant d'autres; ce roman a le potentiel d'avoir des couvertures absolument incroyables... mais j'aime la revendication du style épuré de l'édition présentée ici: un fond blanc, le nom de l'auteur, le titre (parce qu'il en faut bien un), la maison d'édition, et cette mention du prix Pulitzer 2007 qu'a reçu cet ouvrage et qui semble être posée là pour la forme; on ne pouvait pas faire moins, c'est dépouillé à l'extrême, et pourtant j'adore !


Citations:

* On oublie ce qu'on a besoin de se rappeler et on se souvient de ce qu'il faut oublier.

* Quand tu rêveras d'un monde qui n'a jamais existé ou d'un monde qui n'existera jamais et qu'après tu te sentiras de nouveau heureux, alors c'est que tu auras renoncé.

* Peut-être que dans la destruction du monde il serait enfin possible de voir comment il était fait. Les océans, les montagnes. L'accablant contre-spectacle des choses en train de cesser d'être.


Suzy Bess. 

PAL +6


... +6 !

6 jolies réceptions cette semaine !

SP

* Les Audaces de Léonard de Vinci, Pascal Brioist.
Résumé: Léonard de Vinci est mort il y a exactement 500 ans. En 2017, un tableau qui lui a été attribué s'est vendu 450 millions de dollars, devenant ainsi la toile la plus chère du monde. C'est l'un des hommes les plus illustres ayant jamais vécu sur cette planète, ceci à cause, dit-on, de sa capacité surhumaine à se saisir de tous les domaines du savoir et de la pratique. Mais le "génie" venu de Toscane recèle des mystères, nombreux. Ainsi, comment devient-on courtisan quand on est né illégitime ? Comment devient-on ingénieur militaire quand on a débuté dans les ateliers florentins ? Comment devient-on le "premier peintre, ingénieur et architecte" de François Ier, un des plus puissants rois d'Europe ? À découvrir les audaces de cet homme qui voulait saisir tous les secrets du monde, Pascal Brioist éclaire une "pensée héroïque" qui plane encore sur nous aujourd'hui.

Sélectionnée à la dernière Masse Critique de Babelio, je suis curieuse de découvrir la vision de l'auteur sur Léonard de Vinci.
Prêt

* Les Tommyknockers, Stephen King.
Résumé: Tard, la nuit dernière et celle d'avant Toc! Toc! à la porte - les Tommyknockers les Tommyknockers, les esprits frappeurs... Je voudrais sortir mais je n'ose pas parce que j'ai trop peur du Tommyknocker. Tout commence par les rythmes apaisants d'une berceuse; et pourtant, sous la plume de Stephen King, les vers anodins se muent en une inoubliable parabole de l'épouvante, qui entraîne les habitants pourtant bien sage et terre à terre d'un paisible village dans un enfer plus horrible que leurs plus abominables cauchemars... ou que les vôtres.

Chassez le King, il revient au galop ! ^^ Nouvelle King's Box reçue de la part de Music is so nice. Merci David !
 
Trouvailles boîtes à livres

* L'Éducation Sentimentale, Gustave Flaubert.
Résumé: De 1840 à 1867, la vie fait l'éducation sentimentale de Frédéric Moreau et de toute une jeunesse idéaliste qui a préparé dans la fièvre la révolution de 1848. Le roman s'ouvre sur des rêves exaltés et s'achève sur la médiocrité des uns et des autres. Entre temps, la vie s'est écoulée autour de Frédéric, qui semble n'avoir pas plus participé aux mutations de son temps qu'à l'édifice de sa propre destinée potentielle. Au cours de cette existence, Madame Arnoux, dont les apparitions sont autant de surgissements mystiques, tient lieu au jeune homme d'absolu insaisissable. Lui qui rêvait de terres lointaines et d'ouvrages romantiques déchirants dont il se voyait l'auteur génial, se retrouve, en guise de destination exotique, à Nogent, la ville de son enfance.

Un classique que je n'avais pas encore.

***

* L'Élégance du Hérisson, Muriel Barbery.
Résumé: "Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision: à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai."

Cette histoire me tente depuis quelques années, je suis contente de l'avoir trouvée (et je pourrai regarder l'adaptation ciné ensuite).

***

* Terre des Hommes, Antoine de Saint-Exupéry.
Résumé: Saint-Exupéry, qui vient d'être nommé pilote de ligne, découvre, admire, médite notre planète. Assurant désormais le courrier entre Toulouse et Dakar, il hérite d'une vaste responsabilité à l'égard des hommes, mais surtout de lui-même et de son rapport au monde. Tout en goûtant "la pulpe amère des nuits de vol", il apprend à habiter la planète et la condition d'homme, lit son chemin intérieur à travers les astres. En plus du langage universel, il jouit aussi chaque jour de la fraternité qui le lie à ses camarades du ciel.

Je ne connaissais pas ce livre de l'auteur, mais le nom de Saint-Exupéry a suffi à me convaincre !

***

* Histoires Extraordinaires, Edgar Poe.
Résumé: Un homme atteint la lune en ballon, un autre transforme en or les vils métaux, les morts apparaissent pour entraîner les vivants au tombeau, les malédictions s'accomplissent. Edgar Poe était fasciné par le rêve, le spiritisme, la métempsycose mais aussi les sciences. Il a crée un monde iréel d'autant plus envoûtant que le fantastique est peint avec logique et minutie.

J'ai trouvé un trésor ! Cela fait si longtemps que je souhaite découvrir la plume de Poe, et je tombe sur cette vieille édition (de 1856 semblerait-il, je suis effarée - et heureuse) ! Il me tarde de découvrir ces nouvelles.


Et vous, du nouveau ?


Suzy Bess.

samedi 29 juin 2019

"Misery", Stephen King


Misery
Titre original: "Misery"
Auteur: Stephen King
Édition: Le Livre de Poche
Traduit de l'anglais par: William Desmond
Nombre de pages: 392

 * Quatrième de Couverture *

Misery, c'est le nom de l'héroïne populaire qui a rapporté des millions de dollars au romancier Paul Sheldon. Après quoi il en a eu assez: il a fait mourir Misery pour écrire enfin le "vrai" roman dont il rêvait. Et puis il a suffi de quelques verres de trop et d'une route enneigée, dans un coin perdu... Lorsqu'il reprend conscience, il est allongé sur un lit, les jambes broyées dans l'accident. Sauvé par une femme, Annie. Une admiratrice fervente.
Qui ne lui pardonne pas d'avoir tué Misery.
Et le supplice va commencer.
Sans monstres ni fantômes, un Stephen King au sommet de sa puissance nous enferme ici dans le plus terrifiant huis clos qu'on puisse imaginer.
   
* Mon Avis *

Eh bien ! Quelle histoire angoissante que celle-ci !

Paul Sheldon est l'auteur de la série à succès des "Misery Chastain", mais il est las de cette saga et, dans son dernier tome, fait mourir son héroïne, Misery. Alors qu'il vient de terminer l'écriture d'un nouveau livre, son roman le plus réussi selon lui, il sort faire un tour en voiture et, se retrouvant en pleine tempête, a un grave accident. À son réveil, il apprend que Annie Wilkes l'a trouvé et recueilli chez elle; cette ancienne infirmière, totalement fan de son travail, le soigne elle-même et n'a pas l'intention de l'emmener à l'hôpital. En prenant conscience de la gravité de son état de santé, Paul comprend que sa "sauveuse" fait plus que le soigner: elle le garde prisonnier. Lorsqu'elle découvre la mort de Misery, elle n'a bientôt plus qu'une mission: obliger Paul à écrire un nouveau roman faisant revenir son héroïne à la vie; et Annie Wilkes est prête à tout pour arriver à ses fins.

Stephen King varie les genres; il nous a montré à maintes reprises qu'il maîtrisait le fantastique, mais il n'est jamais plus subjuguant que lorsqu'il met l'humain face à l'humain et l'homme face à lui-même, comme c'est le cas dans ce roman effarant. Voir l'auteur dépeindre la dépendance sous plusieurs coutures et jusqu'à son extrême, qui prend alors une forme de folie, est aussi fascinant que l'on peut s'y attendre: ses deux personnages principaux y sont sujets (ou vont y être amenés).
Stephen King nous présente un homme qui va terriblement souffrir (d'ailleurs: âmes sensibles s'abstenir !) mais va aussi apprendre sur lui-même grâce (à cause) des horreurs qu'il va subir. Et ça favorise chez le lecteur une curiosité morbide aussi dérangeante que captivante. L'histoire a également la particularité de nous laisser entrevoir quelques chapitres du livre qu'écrit Paul Sheldon sous la contrainte - un roman gothique qui m'a l'air pas mal dans le genre aussi -; ces passages nous permettent de cerner la manière profonde de penser du personnage, c'est très intéressant.

Ce roman m'a par moment dégoûtée (oui, c'est bien le mot qui convient), mais se révèle aussi l'un des meilleurs que j'ai lu de l'auteur. Glaçant et fascinant tour à tour, il m'a fallu à plusieurs reprises le poser quelques instants pour souffler un peu... et j'ai terriblement bien aimé !
 
* Parlons Couverture *

Cette photographie de Shuji Kobayashi représente bien l'auteur enchaîné à l'écriture de son roman, c'est une métaphore intéressante. Ceci dit, je trouve la couleur un peu trop froide à mon goût.


Citation:

* Dans l'obscurité, ce qui est rationnel devient stupide et la logique se réduit à un rêve. Dans l'obscurité, on pense avec sa peau.


Suzy Bess.   

vendredi 28 juin 2019

"Othello", William Shakespeare


La Tragédie d'Othello,
Le More de Venise
Titre original: "Othello, the Moor of Venice"
Auteur: William Shakespeare
Éditeur: RBA France, collection Le Monde
Traduit par: François-Victor Hugo
Nombre de pages: 239

* Résumé *

Véritable anatomie de la passion, Othello, cette tragédie de la maturité dont le thème unique est "la toute-puissance de la jalousie", est sans doute la plus emblématique des pièces de Shakespeare que François-Victor Hugo a rassemblé sous la division thématique "Les Jaloux".
Vous trouverez dans ce quinzième volume des œuvres complètes de Shakespeare, une préface de Pierre Iselin, professeur de littérature élisabéthaine à l'université Paris-Sorbonne.
 
* Mon Avis *

Qui n'a jamais entendu parler de cette œuvre ? Et pourtant, si elle est considérée comme l'une des plus fortes que Shakespeare ait crée, je ne suis pas certaine qu'elle soit celle qui me marquera le plus.

À Venise, Othello épouse la belle Desdémona avant d'être envoyé, en sa qualité de général, défendre Chypre contre les Turcs. Mais Othello a le tort de choisir pour lieutenant le compétent Cassio au détriment de Iago. Ce dernier, soupçonnant Othello d'avoir eu une liaison avec sa femme, va lui vouer une haine d'autant plus farouche. Il va alors se donner pour mission de détruire la jolie vie d'Othello en suscitant chez lui la jalousie, lui faisant croire que Desdémona le trompe avec Cassio.

Cette pièce est sombre et traite sublimement de l'installation du doute dans l'esprit, jusqu'à ce que cela se transforme en conviction profonde; et les conséquences de la jalousie sont terribles. Ce thème est d'ailleurs représenté sous plusieurs formes.
Si cette pièce porte le nom de la victime coupable, le personnage de Iago est sans conteste le plus intéressant à observer: manipulateur de génie, son intelligence est à la hauteur de sa haine.
Ceci dit, j'ai pris un plaisir somme toute classique à découvrir cette pièce encensée par la critique.
Cette édition comprend en annexe la nouvelle italienne dont s'est inspiré Shakespeare, extraite des "Hécatommithi" de J.-B. Giraldi Cinthio; la comparaison est fascinante à faire, le dramaturge ayant fait de nombreuses modifications pour apporter plus de sens à l'histoire et son inimitable style.
 
* Parlons Couverture *

Les couvertures classiques de cette collection sont superbes avec leurs dorures. J'aime beaucoup !


Citations:

* Le Doge - Gémir sur un malheur passé et disparu est le plus sûr moyen d'attirer un nouveau malheur. (...) Le volé qui sourit dérobe quelque chose au voleur. C'est se voler soi-même que dépenser une douleur inutile.
 
* Roderigo - La niaiserie est de vivre quand la vie est un tourment. Nous avons pour prescription de mourir quand la mort est notre médecin.
 
* Iago - Il dépend de nous-mêmes d'être d'une façon ou d'une autre. Notre corps est notre jardin, et notre volonté en est le jardinier.
 
* Iago - Je n'ai rien à dire de plus, si ce n'est que les hommes sont des hommes, et que les meilleurs s'oublient parfois.


Suzy Bess. 

jeudi 27 juin 2019

"L'Arrache-Mots", Judith Bouilloc


L'Arrache-Mots
Auteure: Judith Bouilloc
Éditeur: Hachette Romans
Nombre de pages: 295

* Quatrième de Couverture *

"La phrase s'écoula de ses lèvres lentement. Les enfants retinrent leur souffle. Les caractères se décollèrent de la page en tremblotant, ils virevoltèrent sous le nez de la jeune femme avant de dessiner quatre silhouettes distinctes."

La jeune Iliade a un don merveilleux: le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d'elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d'Esmérie.

Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n'est sûre que d'une chose: son prétendant est un membre de la famille royale.

Iliade décide de se rendre dans la capitale pour en savoir plus sur cette mystérieuse proposition. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour... et la froideur de son fiancé. Surtout, elle se retrouve propulsée au cœur d'intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait...
  
* Mon Avis *

Cette lecture est délicieusement romanesque !

Iliade est une jeune bibliothécaire dotée d'une capacité fabuleuse: détacher les mots des livres qu'elle lit pour leur donner forme. Cette fascinante magie est mandée à la Cour du roi Baltassar pour divertir la reine Eugénia. Mais avant son départ, Iliade reçoit une curieuse demande en mariage d'un parfait inconnu, membre de la famille royale. Arrivée à Babel, capitale du royaume d'Esmérie, la jeune femme doit s'habituer aux excentricités de la Cour - et à sa mode contraignante - mais aussi à l'absence et aux silences du sombre Lord Tarlyn, l'homme qu'elle n'est plus certaine d'accepter d'épouser. Cependant, Iliade n'a pas encore conscience de l'importance de sa présence en ces lieux... en effet: elle peut être l'origine d'un bouleversement politique de taille pour tout le royaume.

Quelle jolie lecture ! Je me suis enivrée de cette aventure qui opère un charme envoûtant sur l'esprit du lecteur: ce livre se lit très vite (trop vite, peut-être); l'action et l'humour nous empêchent de voir le temps passer. Si ce young adult manque de détails par moments, il a cependant tout pour plaire: un univers fantasy propice à l'imagination (avec sa dose de magie, d'animaux fantastiques, de plantes imaginaires...), une héroïne attachante et joviale, un héros ténébreux, une romance compliquée, un discours politique bien pensé, et un bel hommage aux livres... car oui, les mentions aux ouvrages classiques fleurissent dans ces pages. Pages joliment ornées d'arabesques, d'ailleurs.
Écrit après que l'auteure ait découvert "La Passe-Miroir" (que, honte à moi, je n'ai pas encore lu), il semblerait que ce roman recèle de nombreux points commun avec la saga de Christelle Dabos; avis aux connaisseurs et connaisseuses !

Nous sommes emportés dans un monde captivant, j'ai pris un réel plaisir à cette découverte !
 
* Parlons Couverture *

Nicolas Carmine signe l'illustration de cette superbe couverture. Un titre en relief, des dorures et un dégradé de couleurs subliment le tout !



Citations:

* - L'imagination...  est le maître-mot ! L'imagination est comme un muscle. Pour la développer, tu dois la nourrir et la faire travailler.
- Mais comment nourrir mon imagination ?
- En lisant ! Beaucoup ! En étant curieuse de tout !
[...]
- Et comment travailler mon imagination ?
- En croisant les univers, en inventant ce que les mots ne disent pas. Rêve les blancs entre les lignes, déploie tes propres histoires et tes propres visions.

* - Toute lecture est une représentation. Je donne mon propre sens à ce que je lis.

* Il fait nuit le jour. Il fait jour la nuit. Les heures s'étirent et se confondent dans mon esprit.

* [...] Iliade compris, à la faveur d'un long baiser, qu'il existait un langage aussi puissant que celui des mots.


Suzy Bess. 

mardi 25 juin 2019

"Le Journal du Capitaine Wentworth", Amanda Grange


Le Journal du Capitaine Wentworth
Titre original: "Captain Wentworth's Diary"
Auteure: Amanda Grange
Éditeur: Milady Romance
Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par: Claire Allouch
Nombre de pages: 336

* Quatrième de Couverture *

Un régal pour tous les fans de Jane Austen.

"J'ai enfin admis ce que, je crois, je savais depuis le début: je suis toujours amoureux d'elle. Je n'ai jamais cessé de l'aimer. En huit ans, je n'ai jamais vu son égale, parce qu'elle n'a pas d'égale."

Lorsque Frederick Wentworth, promis à une brillante carrière dans la Marine, et Anne Elliot se rencontrent, ils tombent amoureux et se fiancent. Mais la marraine de la jeune femme la persuade de mettre fin à cette union. Des années plus tard, après être devenu capitaine et avoir fait fortune, Wentworth la retrouve. Il s'aperçoit très vite que ses sentiments pour Anne n'ont pas changé. Elle est toujours belle et pleine d'esprit. La vie leur accordera-t-elle une seconde chance ?
  
* Mon Avis *

Je suis une inconditionnelle des austeneries d'Amanda Grange, et celle-ci ne m'a, une fois de plus, pas déçue.

Marin, Frederick Wentworth profite d'une permission à terre pour rendre visite à son frère clergyman. Jeune homme appréciant la compagnie des demoiselles, il va faire la rencontre de la discrète Anne Elliot et va vite être séduit par son caractère doux et son intelligence. A son propre étonnement, il l'a demande bientôt en mariage, mais elle annule leur fiançailles sous la pression de sa famille. Le cœur brisé, il se concentre alors sur sa carrière. Huit années plus tard, devenu un riche capitaine en quête d'une épouse, Wentworth se retrouve dans le même voisinage qu'Anne; son orgueil blessé va lui faire commettre des maladresses tandis qu'il va comprendre être toujours amoureux d'elle.

"Persuasion" est l'un des plus beaux romans de Jane Austen, et Amanda Grange nous en offre non seulement une réécriture respectueuse sous le point de vue du capitaine Wentworth (le récit original se concentrant sur celui d'Anne), mais nous fait aussi la grâce d'imaginer les détails de ce que Jane Austen avait seulement mentionné et qu'on rêvait tous de connaître: la première rencontre entre nos héros, la naissance de leur inclination et cette difficile rupture.
Fidèle à l'esprit de l'original, ce récit est aussi passionnant qu'émouvant: en vérité, il est à la hauteur, voilà un résultat qui était difficile à atteindre ! Cet univers étendu de "Persuasion" est un délice, on ne s'ennuie pas une minute et (re)découvrir le capitaine Wentworth aussi frivole dans sa jeunesse est assez amusant. De plus, Amanda Grange a eu une excellente idée en mettant en avant un personnage de l'ombre du roman de Jane Austen: le frère de Frederick, Edward Wentworth, clergyman. Sa présence apporte une certaine nouveauté qui est très agréable.

Que les lecteurs de "Persuasion" n'hésitent surtout pas à se lancer dans cette aventure, excellent complément au récit original !
 
* Parlons Couverture *

Jenn LeBlanc et Anne-Claire Payet signent cette jolie couverture. J'adore le style des "Journaux" d'Amanda Grange, je ne puis donc qu'être séduite par cette présentation.


Citations:

* - Pourquoi les hommes qualifient-ils ce qui touche leurs voisins - des gens qu'ils connaissent, et auxquels ils ont donc toutes les raisons de s'intéresser - de ragots ? Alors qu'ils qualifient ce qui arrive à de parfaits inconnus, qu'ils n'ont jamais rencontrés et ne rencontreront jamais, d'informations, et les impriment dans les journaux pour que chacun les lise !

* - [...] il ne faut pas confondre la constance dans les principes et l'obstination égoïste.


Suzy Bess.
 

"Persuasion", Jane Austen


Persuasion
Titre original: "Persuasion"
Auteure: Jane Austen
Illustrations de: Margaux Motin
Édition: Tibert Éditions
Traduction de: Jules Castier, revue par l'éditeur
Nombre de pages: 297

* Résumé *

"Tout le privilège que je réclame, c'est celui d'aimer le plus longtemps, même quand l'objet ou quand l'espoir ont disparu."
 
Depuis quand une jeune fille a-t-elle besoin qu'on lui dicte sa conduite ? Si elle s'est laissée persuader trop jeune de rompre ses fiançailles, Anne Elliot n'est plus dupe. Et lorsque son ancien amant réapparaît, auréolé de gloire, l'heure n'est plus à l'indécision. Pour Anne, il est temps de faire fi des convenances et de la vanité de son entourage !
 
* Mon Avis *

Ce roman est l'un des plus forts de l'auteure, et une lecture sublime.

Rencontrant des problèmes d'argent, le baronnet Sir Walter Elliot est forcé de louer sa propriété. Tandis que lui et l'une de ses filles partent vivre à Bath, Anne, son autre fille est envoyée chez sa sœur Mary. Là-bas, elle rencontre le Capitaine Wentworth, l'homme avec qui elle fut fiancée il y a quelques années, avant que son orgueilleuse famille et sa marraine, Lady Russell, désapprouvant cette union à leur yeux dégradante, la convainquirent de rompre. Grandement enrichi, mais toujours blessé, Frederick Wentworth ne semble pas avoir pardonné à Anne son inconstance; tandis qu'elle est toujours profondément éprise de lui, elle est obligée de le voir batifoler avec ses jeunes voisines.

"Persuasion" est le roman préféré de nombreux admirateurs et admiratrices de Jane Austen; son ton est différent de ses autres œuvres et la profondeur de cette histoire est émouvante. Dénonçant la faiblesse de jugement, tout comme l'inconstance et la manipulation, ce récit sublime le pardon et la compréhension, sans manquer de traits d'humour envers les codes de la société. Pour ma part, s'il n'est pas mon favori, je l'adore tout de même ! Alors en apprenant que Tibert Éditions se lançaient dans cette publication, faisant perdurer la collaboration avec l'illustratrice Margaux Motin qui mis son trait au service du roman "Orgueil et Préjugés", j'en fus absolument ravie. Ceci dit, je suis un (tout petit) peu moins emballée après ma découverte de l'ensemble: certaines illustrations m'ont parues décalées par rapport au ton du roman, je trouve que ça colle moins qu'avec "Orgueil et Préjugés" (une chose que je n'aurais pu savoir avant); en fait, j'ai une vision tellement ancrée de l'héroïne qu'il m'a été difficile de me la représenter telle que nous la dépeint Margaux Motin. Reste que le trait de l'illustratrice convient parfaitement à l'humour de Jane Austen et aux autres personnages de l'intrigue. La traduction n'est pas celle que je préfère mais elle ne nous empêche pas d'être captivé par cette histoire.

Une quinzaine d'illustrations pleine page et un carnet de croquis final nous attendent dans cet ouvrage aux jolies finitions. Les collectionneurs et collectionneuses aimeront.
 
* Parlons Couverture *

Cette illustration nous présente les deux faces de l'héroïne: d'abord effacée et triste, elle s'épanouit auprès du Capitaine Wentworth.


Citation:

* Nous approuvons bien vite ce que nous aimons.


Suzy Bess.
    

lundi 24 juin 2019

"Fanny Cloutier, ou l'année où j'ai failli rater ma vie", Stéphanie Lapointe


Fanny Cloutier,
ou l'année où j'ai failli rater ma vie
Titre original: "Fanny Cloutier, ou l'année où j'ai failli rater mon adolescence"
Auteure: Stéphanie Lapointe
Illustrations de: Marianne Ferrer
Éditeur: Kennes
Nombre de pages: 378

Je remercie chaleureusement les éditions Kennes pour ce très bel envoi,
ainsi que Babelio pour cette découverte, lue dans le cadre d'une Masse Critique Privilégiée.

* Quatrième de Couverture *

J'ai souvent entendu dire que la chose la plus difficile dans la vie, c'est de commencer quelque chose.
- Alors 3-2-1: go. -
Je m'appelle Fanny Cloutier, j'ai quatorze ans, presque quinze, mais pas vraiment, pour être honnête. Les deux choses que je sais faire le mieux dans la vie, c'est dessiner et subir (oui: subir) les décisions excentriques de mon père.
*** Euh. À qui je parle, en fait ? ***
Si tu lis ces lignes, c'est que mon journal est:
A) Tombé dans le métro (bon, je ne prends jamais le métro, qu'est-ce que je raconte).
B) Pire. Qu'il a glissé de mon sac, direct devant l'entrée de l'école (OMG, faites-que-ce-soit-pas-ça)
C) Ou, catastrophe de type international: c'est que tu es mon père.
Cette année, je suis passée à un-demi cheveu de rater ma vie, et je sais une seule chose avec certitude: sans toi, journal, je n'y serais jamais arrivée.
Fanny.
 
* Mon Avis *

Ce magnifique ouvrage nous réserve une aventure adolescente trépidante.

Orpheline de mère, Fanny vit seule avec son père à Montréal, jusqu'au jour où il lui apprend qu'il s'envole la semaine suivante pour le Japon et l'envoie pour une durée indéterminée chez sa tante dont elle ignorait l'existence. Sa vie dans la petite bourgade de Sainte-Lorette, bien loin de la grande ville qu'elle a quittée, lui réserve bien des surprises: en plus d'être désaxée, Fanny intègre un nouveau collège et sa difficulté à se faire de nouveaux amis va la perturber; mais elle va également apprendre qu'en plus de lui avoir caché l'existence de sa famille, son père lui ment sur de nombreux sujets depuis 11 ans...

Cette histoire nous présente une jeune fille en colère (on le comprend dès les premières pages) se confiant totalement à son journal intime. Si elle fait preuve d'égoïsme au cours de ces pages, cela reste néanmoins tout à fait compréhensible: elle découvre des vérités auxquelles elle ne s'attendait pas et son père ne se donne pas la peine de lui expliquer (avouer est un terme acceptable également) quoi que ce soit. Le tout repose donc sur ces mystères que découvre l'héroïne, le reste tenant du récit d'apprentissage, de la tranche de vie adolescente.
Stéphanie Lapointe est une touche-à-tout que je découvre: cinéma, musique, télévision, elle démontre cette énième capacité d'imaginer de jolies histoires, et autant dire qu'elle ne fait pas les choses à moitié. Cependant, la fascination que peut provoquer cet ouvrage tient beaucoup à sa composition absolument superbe: il est rare de rencontrer de si beaux livres-objet (un second tome est déjà paru chez son éditeur Québécois, il est d'ores-et-déjà sur ma liste d'envie) ! L'illustratrice Marianne Ferrer et la graphiste Shirley de Susini s'associent à l'auteure pour livrer ce premier opus dont pas une page n'est semblable à une autre, foisonnant d'illustrations et de quelques feuilles dépliables même, c'est un réel plaisir que de le parcourir, de le manipuler; cette interaction est un rendu puissant qui a toujours su me charmer. Au début de ma lecture, je me suis dit que la seule chose qui manquait à ce livre était un marque-page... puis j'ai découvert le signet intégré.
Je ne m'attendais pas du tout à recevoir un ouvrage d'une telle qualité, j'en ai donc été d'autant plus enchantée.

Une bien jolie découverte, sympathique à souhait et qui parle de l'adolescence avec authenticité: je recommande !
 
* Parlons Couverture *

Je vais me répéter, mais cette couverture est sublime et est un joli avant-goût de ce que l'on retrouve à l'intérieur. Du relief, une épaisse couverture cartonnée (hardback) creusée en son milieu pour présenter l'héroïne, des couleurs printanières... bravo aux conceptrices pour ce travail !



Citations:

* "Écrire, c'est hurler sans bruit." Marguerite Duras.
C'est après avoir lu cette phrase vingt fois de suite (...) que l'idée d'écrire un journal m'est venue.

* - Fais pas le vide autour de toi parce que t'as peur du vide, justement.

* C'est fou le pouvoir des livres quand on y réfléchit bien.

* Franchement, j'y pense et je me demande vraiment pourquoi on fait tout un plat avec ça, les "chagrins d'amour" ? Au fond, l'idée, c'est de se rappeler qu'avant la terre tournait quand même.

* Si la solitude s'apprivoise, elle ne s'esquive pas.

* Les émotions qui nous habitent, après les grandes catastrophes, se transforment, et nous transforment.


Suzy Bess.