samedi 31 août 2019

"L'écume des jours", Boris Vian


L’Écume des Jours
Auteur: Boris Vian
Édition: Le Livre de Poche
Édition établie, présentée et annotée par: Gilbert Pestureau et Michel Rybalka
Nombre de pages: 352

* Quatrième de Couverture *

Un titre léger et lumineux qui annonce une histoire d'amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C'est un conte de l'époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, féerique et déchirant.
Dans cette œuvre d'une modernité insolente, livre-culte depuis plus de soixante-dix ans,
Duke Ellington croise le dessin-animé,
Sartre devient une marionnette burlesque,
la mort prend la forme d'un nénuphar,
le cauchemar va jusqu'au bout du désespoir.
Seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes: le bonheur ineffable de l'amour absolu et la musique des Noirs américains...
 
* Mon Avis *

Ce roman est indescriptible... Il va pourtant bien falloir que j'en parle !

"L'écume des jours" est le récit d'amours et d'amitiés entre Alise, Chick, Isis, Nicolas, Chloé et Colin, se concentrant plus particulièrement sur ces deux derniers. Colin est un jeune homme riche aux idées naïves. Le jour où il tombe amoureux de Chloé, il est prêt à débourser une somme conséquente pour leur mariage. Mais peu de temps après, la jeune femme tombe malade - un nénuphar envahi ses poumons - et le coût des traitements ruine totalement Colin. Peu à peu, leur vie devient aussi sombre que la maladie de Chloé et a un impact sur l'existence de leurs amis, qui semblent touchés par cette obscurité qui gagne tout ce qui les entoure.

Il y aurait tant à dire sur ce roman, qu'écrire un modeste avis apporte de la frustration avant même que celui-ci soit pensé !
 Je découvre ici la plume du grand artiste que fut Boris Vian, et j'ai beau avoir énormément entendu parler de ses livres, je ne m'attendais pas à ce style si atypique. Vian joue avec les mots de toutes les manières possibles et imaginables (voire inimaginables) en livrant un récit plein de poésie et d'évasion dans un univers où se côtoient la beauté de la vie et sa noirceur. Nous sommes charmé par la présentation burlesque du récit, par son atmosphère étonnante, mirifique, pourtant ancrée dans une matérialité sans nom. Derrière chaque fantaisie se cache une réalité, et la critique de la société y est percutante. Le monde imaginaire créé par l'auteur est finalement le reflet du nôtre: l'histoire a beau être emplie de créativité et d'extravagances, il nous est impossible de ne pas imaginer les héros à nos côtés.
En parlant d'eux, je me suis beaucoup attachée aux personnages. Boris Vian parvient à établir ce que nombre d'écrivains cherchent parfois à faire des années durant en vain: une connexion entre les protagonistes et le lecteur, un lien tangible nous poussant à croire que nous connaissons vraiment ces héros et ces héroïnes. En étant face à leur intimité, leur manière de penser, leurs faiblesses, nous finissons par les comprendre comme l'on se comprendrait soi-même. Ce n'est pas donné à tout le monde.

Ce roman complexe plaira à celles et ceux qui voudront pénétrer un univers intense qu'il faut apprivoiser ou par lequel on se laissera apprivoiser. En définitive, rien ne sert de vouloir décrire l'indescriptible: faites-vous seuls juges de cette œuvre qui ne pourra qu'apporter des sensations étonnantes à votre lecture !
 
* Parlons Couverture *

Deux personnages pour figurer l'un des couples de cette histoire, sorte de bibelots, poupées, marionnettes... Le choix de cette présentation est déroutant. Je ne saurais, en vérité, émettre un quelconque avis sur cette photographie de Magdeleine Bonnamour. J'aime le placement du titre par contre. Les éditions contenant une représentation de nénuphar semblent, quant à elles, tout à fait logiques, comme ces anciennes du Livre de Poche, la première étant assez moderne, sous coffret, et une seconde plus vintage que, curieusement, j'apprécie particulièrement:




Citations:

* [...] l'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre.

* - C'est terrible, dit Colin, je suis à la fois désespéré et horriblement heureux. C'est très agréable d'avoir envie de quelque chose à ce point là.

* - L'attente, dit Chick, est un prélude sur le mode mineur.

* - [...] on perd tellement de temps à faire des choses qui s'usent.

* - On se rappelle beaucoup mieux les bons moments, alors à quoi servent les mauvais ?

* Les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent.


Suzy Bess.
  

jeudi 29 août 2019

"Mémé dans les orties", Aurélie Valognes


Mémé Dans les Orties
Auteure: Aurélie Valognes
Édition: Le Livre de Poche
Nombre de pages: 260

* Quatrième de Couverture *

Ferdinand Brun, 83 ans, solitaire, bougon, acariâtre - certains diraient: seul, aigri, méchant -, s'ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d'escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie... jusqu'au jour où une fillette précoce et une mamie geek de 92 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur.
Un livre drôle et rafraîchissant, bon pour le moral, et une véritable cure de bonne humeur !
 
* Mon Avis *

Il me tardait de découvrir ce roman et son auteure dont j'ai entendu tant de bien. Malheureusement, trop d'attentes de ma part, sans doute, ont eu pour conséquence que je n'ai pas su apprécier ce récit comme je l'espérais.

Ferdinand Brun se plaît à incarner l'archétype du vieux monsieur grincheux que personne n'apprécie, même s'il le fait en toute innocence bien sûr ! Dans son immeuble résidentiel, il est craint par ses voisines et ne s'entend absolument pas avec la concierge, Mme Suarez, avec laquelle une guerre ouverte est déclarée. En effet, cette dernière cherche n'importe quel moyen pour se débarrasser de lui et a trouvé un appui de taille: la fille de Ferdinand, vivant à l'étranger, qui s'inquiète pour son père et est prête à le placer en maison de retraite s'il le faut. Il est vrai qu'après la disparition de sa chienne tant aimée, Ferdinand a peut-être tenté de se jeter sous un bus, et qu'il se laisse aller à vivre dans ce que l'on pourrait appeler un taudis. Poussé à changer son comportement lorsque Mme Suarez est chargée de le surveiller de près, Ferdinand va heureusement être aidé par sa voisine de palier, Mme Claudel, et une nouvelle petite habitante, Juliette, fillette extravertie et avancée pour son âge. Ces deux figures féminines vont lui être d'un secours inestimable.

Ah, que je voulais l'aimer ce roman ! C'est pour cela que je suis d'autant plus déçue. Je l'ai ouvert en souhaitant passer un bon moment, les pages ont défilé, et j'ai commencé à trouver l'intrigue longue à se mettre en place. Les évènements s'enchaînent sans réelle transition, ça m'a perturbé, et je n'ai pas réussi à croire aux situations rocambolesques qui se présentent parfois (pour dire: j'ai même pensé à un certain moment que Ferdinand était en train de rêver et qu'il se réveillerait, en sueur, à la fin du chapitre !). Je ne suis tout simplement par parvenue à pénétrer l'esprit de cette histoire.
Cela étant dit, passons au côté plus agréable: si le héros m'a laissé de marbre, j'ai, a contrario, éprouvé énormément de sympathie pour le personnage de Juliette. Cette fillette est une perle, les passages du récit où elle apparaît sont, sans conteste, ceux que j'ai préféré. Le lien qu'elle tisse avec Ferdinand est touchant - j'apprécie généralement beaucoup les récits relatant une relation enfant/adulte de ce genre -, et son caractère communicatif est un délice.
De plus, le concept des proverbes en titres de roman et de chapitres est bien trouvé, ça apporte un côté ludique: non seulement on révise ses expressions françaises (et il y en a un sacré paquet !), mais elles portent également les thèmes des chapitres que l'on découvre.

Au final: je regrette vraiment d'être passée à côté de ce roman et de son ambiance; néanmoins cela ne m'empêchera pas de tenter l'aventure avec les autres œuvres de l'auteure.
 
* Parlons Couverture *

Aurélie Valognes elle-même a imaginé ce design très reconnaissable: titre ancré sur ce qui nous fait penser à ces étiquettes de pots de confitures, sur fond de tissu vichy/nappe à carreaux... cette superbe couverture vintage fait appel à nos souvenirs ! Le rendu est vraiment génial et, en librairie, le roman se remarque tout de suite !


Suzy Bess.
  

dimanche 25 août 2019

PAL +2

... +2 !

Cette semaine, deux jolies réceptions:

* Achat *

* Babel, ABK.
Résumé: Babel, dernier bastion de l'humanité, est une cité protégée du monde extérieur par une barrière climatique, où les plus riches s'accaparent toutes les ressources et où les plus pauvres sont condamnés à le rester. Blue, Milo, Kolin et Alec, orphelins de la Zone Six - une des Zones les plus défavorisés de Babel -, sont des étoiles montantes du Light Game, un jeu de combat spectaculaire et dangereux où se mêlent illusion et réalité, un jeu qui peut les rendre célèbres... Alors que leur équipe vient de se qualifier pour le plus important tournoi de Light Game, ils se retrouvent piégés au coeur d'une conspiration qui les dépasse. Et la ville tout entière devient bientôt l'arène où ils devront survivre. Ballottés sur l'échiquier des puissants, ils ne peuvent compter que sur leur amitié. Mais celle-ci résistera-t-elle aux amours naissants, aux secrets et aux trahisons ?
 
Édition collector reçue dans la box Mille et un Livres; le résumé est tentant !
 
* SP *

* Dans les Pas de Valeria, Elisabet Benavent.
Sortie le 18/09/2019
Résumé: Elles sont quatre amies de toujours qui vivent à Madrid. Complices et inséparables, elles se connaissent sur le bout des doigts et se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur... Valeria, 27 ans à peine, commence à s'encroûter avec son compagnon de toujours - elle déprime; Lola s'est entichée d'un super coup - mais il est fiancé; Carmen est amoureuse d'un collègue, mais elle n'ose pas se lancer - elle est un peu complexée; Nerea, la sainte-nitouche du groupe, vient enfin de rencontrer un homme à sa hauteur - mais... Tout bouge lorsque Valeria rencontre Victor, un homme ô combien séduisant; lorsque Lola décide de réagir; lorsque Carmen parvient à séduire son collègue et découvre que le nouveau petit ami de Nerea n'est autre que... son propre boss - qu'elle déteste ! Leur amitié survivra-t-elle à ce drame ?

J'ai eu le plaisir de recevoir cette prochaine parution des éditions de l'Archipel, accompagnée d'un tote-bag à l'effigie du roman. Le premier tome de ce qui sera une saga (de quatre tomes, pour le moment) a l'air pétillant, ce sera ma prochaine lecture.


Et vous, du nouveau ?


Suzy Bess.
  

Unboxing


Box Mille et un Livres
Août 2019: Les Tournois Célèbres

Bonjour les Nomades,

On se retrouve aujourd'hui pour découvrir la jolie box Mille et un Livres du mois d'août !
 Le thème Les Tournois Célèbres nous promettait des goodies sur les univers de Player One, Warcross, Hunger Games et Harry Potter !

* Le Contenu *

Commençons avec Player One (Ready Player One). L'univers d'Ernest Cline est ici joliment représenté avec:
- Un porte-clés "Team Parzival", créé par Abby Malaga Art.
- Une illustration signée SnCinderArt représentant le jeune héros Wade (alias Parzival).
*
Passons à Warcross. Le livre de Marie Lu, que je ne connais pas encore, a droit à sa pochette dédiée ! Une création de Bookchicboutique et Nouvia Kit représentant Emika, l'héroïne de l'histoire, au milieu de manettes de jeu.
Petit zoom:
*
Pour Hunger Games, nous avons:
- Un marque-page double sous le crayon de Haimeart à l'effigie de deux des héros de la trilogie de Suzanne Collins:
Katniss au recto,
 Peeta au verso.
- Un petit marque-page magnétique exclusif, cadeau réservé aux premiers acheteurs de la box, représentant Finnick Odair. J'adore les designs de It's Looovely !
*
La saga Harry Potter de J.K. Rowling est également bien représentée avec:
- Un bloc-notes aux couleurs du Tournois des Trois Sorciers, au design punchy signé Abby Malaga Art.
- Du cacao en poudre dont le packaging a été créé par Cameron McCafferty. J'ai hâte d'y goûter (nous connaissons tous ma passion pour le chocolat...) !
*
Dernier goodie, un marque-page "photo cabine" rassemblant chaque univers présenté ci-dessus et signé iparwing avec, de haut en bas: Emika (Warcross), ART3MIS (Player One), Cedric Diggory (Harry Potter) et Finnick Odair (Hunger Games).
*
Le livre est un élément spécial de cette box.
Je m'explique: Mille et un Livres place habituellement dans sa box une parution datant de moins d'un mois. Ce Babel de ABK est sorti en décembre dernier. Mais il s'agit ici d'une édition collector puisque cette version hardcover (couverture cartonnée) a été spécialement conçue pour Mille et un Livres; la couverture aux effets cuivrés et les illustrations intérieures sont donc inédites, cette édition créée en partenariat avec l'auteure et l'Agence Sélène est introuvable en librairies.

La grosse surprise: le livre est dédicacé à la main !
*

Voilà pour cette box vraiment top ! Je suis, une fois de plus, conquise par Mille et un Livres.
Et il se peut que ça continue vu le thème gourmand (et donc fait pour moi) du mois prochain: Pâtisserie et Chocolat
Je vous en reparlerai très certainement !


Suzy Bess. 

vendredi 23 août 2019

"Voyage au Centre de la Terre - Un Drame au Mexique - Dix Heures en Chasse", Jules Verne


Voyage au Centre de la Terre,
suivi de Un Drame au Mexique,
suivi de Dix Heures en Chasse
Auteur: Jules Verne
Éditeur: RBA Colectionables
Nombre de pages: 330

* Résumé *

Le déchiffrement d'une inscription écrite par un alchimiste islandais du XVIe siècle, Arne Saknussemm, permet au professeur de minéralogie Otto Lidenbrock de découvrir l'itinéraire menant au centre de la Terre. Le professeur Lidenbrock, son neveu Axel et leur guide se lancent alors dans une fascinante expédition qui les conduira, par le cratère d'un volcan éteint, jusqu'aux entrailles de la Terre.

 
* Mon Avis *

Ce récit d'aventures nous fait voyager au-delà du possible !

Le professeur Lidenbrock, minéralogiste passionné, découvre dans le livre d'un savant alchimiste une note mystérieuse écrite en runique. Axel, son neveu, et minéralogiste en herbe, parvient à décrypter le message indiquant le passage à emprunter à qui voudrait explorer le centre de la Terre. Aussitôt, le professeur organise le voyage qui ne peut s'effectuer qu'à une certaine période de l'année et embarque avec lui son neveu réticent qui préfèrerait rester aux côtés de la jeune femme qu'il aime. Mais si la fascination que promet une telle expédition ne peut que gagner ceux qui l'entreprennent, les deux aventuriers, accompagnés d'un guide aussi courageux que fidèle, sont loin de s'imaginer ce qu'ils vont découvrir sous terre et les impitoyables épreuves qu'ils vont devoir surmonter.

Avec ce roman, nous sommes transportés dans un univers captivant. La plume précise de Jules Verne décrit aussi bien, et avec minutie, les paysages et ce qui les compose que les avancées scientifiques et technologiques de son époque, avec le vocabulaire complexe qui va de pair. Les chapitres étant courts, et ornés de nombreuses et superbes illustrations d'Édouard Riou, la lecture en est facilitée et les pages s'enchaînent rapidement. Si la naïveté de certaines idées fait sourire, le tout est vraiment passionnant. Dès les premières pages, l'intrigue impose au lecteur une attente - la même que celle ressentie par les personnages - qui ne se trouve jamais vraiment comblée: plus on avance dans l'histoire, plus ces attentes évoluent; on en veut toujours plus. Si bien qu'à la fin, on peut se retrouver frustré, mais déjà prêts psychologiquement pour une autre aventure !

L'édition ici présentée comporte ensuite deux nouvelles de l'auteur: "Un Drame au Mexique", relatant la mutinerie sur deux navires espagnols coûtant la vie à un capitaine qui charge son protégé, avant de mourir, de le venger. Une fiction prenante où le suspense est établi avec intelligence.
Et "Dix Heures en Chasse", récit autobiographique de l'auteur qui raconte avec beaucoup d'humour son unique expérience de chasseur. Celle-ci tourne presque au désastre, le chasseur débutant étant vite accusé, à cause de sa faible expérience, des pires évènements qui se déroulent au cours de la journée, et étant subtilement ignoré du groupe lorsque modeste victoire il y a. Une satire qui raille joliment les pratiquants "sérieux" de cette discipline !

J'ai passé un excellent moment avec ces différentes histoires, le style de l'auteur est unique et je l'adore !

  
* Parlons Couverture *

RBA et Le Monde s'allient pour republier l'intégrale des "Voyages Extraordinaires" de Jules Verne, une nouvelle collection présentée par l'arrière-petit-fils de l'auteur et restant fidèle à la collection Hetzel d'origine. C'est donc en hommage aux originaux que le thème de couverture du steamer est reprit pour cet ouvrage; une couverture cartonnée splendide, agrémentée de dorures qui subliment le tout. Comment ne pas aimer ?


Citations:

* Ah ! femmes, jeunes filles, cœurs féminins toujours incompréhensibles ! Quand vous n'êtes pas les plus timides des êtres, vous en êtes les plus braves ! La raison n'a que faire auprès de vous.

* - Nous pensons que des livres, au lieu de moisir derrière une grille de fer, loin des regard curieux, sont destinés à s'user sous les yeux des lecteurs. Aussi ces volumes passent-ils de main en main, feuilletés, lus et relus, et souvent ils ne reviennent à leur rayon qu'après un an ou deux d'absence.


Suzy Bess.
  

lundi 19 août 2019

"Le Dernier Jour d'un Condamné", Victor Hugo


Le Dernier Jour d'un Condamné
Auteur: Victor Hugo
Éditeur: Hachette
Préface de l'auteur
Notes, questionnaires et synthèses par: Marie-Henriette Bru
Nombre de pages: 224

* Quatrième de Couverture *

"Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude: condamné à mort !"

Victor Hugo nous donne à juger, sans autre dossier qu'un journal intime, la cause d'une main criminelle mais aussi d'un être jeune, impuissant et horrifié face au défi de violence de la guillotine.
 
Le texte intégral annoté, précédé de la préface de 1832
Un questionnaire bilan de première lecture
Des questionnaires d'analyse de l’œuvre
Six corpus accompagnés de questions d'observation, de travaux d'écriture et de lectures d'images
Une présentation de Victor Hugo et de son époque
Un aperçu du genre de l’œuvre et de sa place dans l'histoire littéraire.
 
* Mon Avis *

Je n'avais pas ressorti ce livre de ma bibliothèque depuis la fin de mes années collège (autant dire que ça commence un peu à dater), mais que ça fait du bien de relire un texte d'une telle puissance !

À la prison de Bicêtre, un homme attend la fin de sa vie. Pour avoir tué un homme, il est condamné à mort. Mais au verdict de la justice s'ajoute les semaines d'attente avant que la guillotine fasse son œuvre, une torture psychologique en plus pour cet être qui ne peut s'empêcher d'espérer en sachant sa cause perdue. Depuis sa cellule, le condamné couche sur le papier ses pensées incandescentes.

Admirablement écrit, ce récit intense se révèle un véritable manifeste, plaidoyer pour l'abolition de la peine de mort. Précédé d'une superbe préface de l'auteur qui s'impose elle-même comme une revendication, ce roman nous dévoile les derniers sentiments d'un homme dont nous ne saurons que peu de choses: anonyme, fils, mari, père aimant d'une fillette, il est aussi le coupable d'un meurtre dont les motivations restent un mystère. Pour le reste, il faut laisser son imagination composer. Qu'il y ait tant de zones d'ombre est une force à ce récit écrit sous forme de journal intime; priver le personnage d'une identité généralise la cause pour laquelle Victor Hugo se bat et rend, dans un même temps, son malencontreux héros inoubliable. 
Force détails sur le fonctionnement et les dysfonctionnements de la guillotine nous rappellent l'horreur du procédé, Hugo montre également le favoritisme exercé par la justice de l'époque.
Politique ou littéraire ? le juste milieu est finalement trouvé par l'auteur de grand talent qui nous offre ici une émouvante histoire d'une grande puissance.

L'édition présentée, spécialisée pour la lecture analytique, est agrémentée de nombreuses études de textes et travaux d'écriture qui pourront vous passionner si vous êtes motivés à ce travail; pour ma part, je me suis contentée de comparaisons avec les extraits d'autres œuvres fournis dans les corpus proposés, et rien que cela m'a déjà tout à fait captivé.
 
* Parlons Couverture *

Cette illustration d'Alain Boyer représente parfaitement l’œuvre de Hugo. Les quelques éléments présents disent tout.


Suzy Bess. 

dimanche 18 août 2019

"Les Animaux de Tout le Monde", Jacques Roubaud


Les Animaux de Tout le Monde
Auteur: Jacques Roubaud
Éditeur: Éditions Ramsay
Nombre de pages: 72

* Quatrième de Couverture *

Il y a beaucoup d'animaux
des longs des courts des gras des beaux
il y a beaucoup d'animaux
(il y a aussi beaucoup de cailloux)

Il y en a qui n'ont pas de genoux
il y en a qui n'ont pas de bras
sympathique n'est guère le cobra
extrêmement susceptible, est, dit-on, le gnou

(il y a beaucoup d'animaux
des cons des lourds des bas des gros)

Animaux de tout le monde
à chacun je donne un poème
on le trouvera ici même

Mais on n'en fera pas une ronde:
la girafe, n'est-ce pas, serait immensément
gênée d'avoir à danser avec le paon.

J.R.
 
* Mon Avis *

Qu'ils sont amusants, ces poèmes !

Jacques Roubaud nous présente 60 textes sur les animaux; du chat au koala, de la truite au pélican, en passant par les chameaux et les canards, il y en a pour tout le monde.

Avec beaucoup de dérision, l'auteur nous propose donc des poésies qui ont le potentiel de plaire à un large panel de lecteurs, des adultes aux enfants. La large palette du bestiaire - des animaux domestiqués aux plus sauvages, en passant par ceux ayant disparus - permet au lecteur de changer d'univers à chaque poème, chaque texte étant doté d'une fantaisie particulière, et souvent d'un humour un peu poussé.
Une lecture rapide et joyeuse, à découvrir à l'occasion.
 
* Parlons Couverture *

Rien à commenter sur cette couverture somme toute très classique. On lui préfèrera celle de l'édition Seghers que voici:



Suzy Bess.  

mardi 13 août 2019

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", Celeste NG


Tout Ce Qu'On Ne S'Est Jamais Dit
Titre original: "Everything I Never Told You"
Auteure: Celeste NG
Édition: Pocket
Traduit de l'anglais (États-Unis) par: Fabrice Pointeau
Nombre de pages: 344

* Quatrième de Couverture *

1977, Ohio. Lydia Lee, seize ans, est une élève et une fille modèle. Elle est le grand espoir de son père, d'origine chinoise, qui projette sur elle ses rêves d'intégration, et de sa mère qui espère à travers elle accomplir ses ambitions professionnelles déçues. Mais à quoi rêve Lydia en secret ? Lorsque la police découvre son corps au fond d'un lac, la famille Lee, en apparence si soudée, va affronter ses secrets les mieux gardés, car plus rien ne sera pareil. La disparition de Lydia vire soudainement à l'autopsie familiale. Connaît-on jamais vraiment ses proches ?
  
* Mon Avis *

Intime et intense, ce roman dissèque la vie d'une famille.

Le corps de Lydia Lee est retrouvé sans vie dans le lac près de chez elle. Dévastés par la terrible nouvelle, les membres de sa famille - parents, frère et sœur - veulent comprendre pourquoi et comment cette mort a pu se produire. Tout cherchent un coupable; sans admettre toutefois que la vie et une succession d'évènements insignifiants en apparence ont peut-être abouti à cette funeste disparition. Entre réminiscences du passé et temps présent, une famille à qui tout aurait dû sourire est sur le point de se déchirer... si ce n'était pas déjà fait avant.

Ce drame familial porte superbement son titre: en effet, dans ce récit de Celeste NG, le non-dit est au centre de tout. Nous découvrons une famille aux nombreuses fissures cachées, rongée de l'intérieur par les espoirs avortés de parents qui souhaitent voir leurs ambitions accomplies par leurs enfants sans avoir conscience de la pression qu'ils leurs mettent, ou par les obligations auxquelles adultes et enfants se soumettent par une néfaste habitude. Au fil des pages, nous comprenons que les cinq membres de cette famille ne vivent pas chaleureusement ensemble, ils cohabitent, et les enfants sont sans cesse confrontés à des remarques éducatives qui leur pèse; quand l'une d'elle est adulée, les deux autres sont ignorés, voire transparents. Les origines chinoises du père de famille pose le sujet problématique, en ces années 1970 (et malheureusement toujours d'actualité de nos jours), de l'intégration; le racisme que subissent les Lee est affligeant et apporte son lot de tension.
Il est finalement question de beaucoup de sujets sous-jacents à l'intrigue principale, qui tous viennent la compléter de manière tout à fait logique; le plus conséquent évoquant sans doute ces pensées secrètes auxquelles nous sommes toutes et tous confrontés un jour ou l'autre, ces secrets que chacun garde pour soi au sein d'une famille et qui font que nous ne connaissons jamais totalement nos proches les plus intimes.
La narration dénuée de sentimentalisme donne un côté d'autant plus sombre à l'intrigue, pour un rendu froidement captivant.
 
* Parlons Couverture *

Il existe de nombreuses éditions de ce roman. Je trouve la composition de cette édition Pocket particulièrement réussie. L'étendue d'eau parsemée de particules blanches dans laquelle évolue cette femme évoque autant le lac dans lequel Lydia est retrouvée qu'un ciel étoilé, cet espace par lequel est fasciné son frère.


Citation:

* Qu'est-ce qui rendait une chose précieuse ? La perdre et la retrouver.


Suzy Bess.