lundi 7 mai 2018

La Nouvelle Vie de Kate Reddy


La Nouvelle Vie de Kate Reddy
Titre original: "How Hard Can It Be ?"
Auteure: Allison Pearson
Editeur: Le Cherche-Midi
Traduit de l'anglais par: Julie Sibony
Nombre de pages: 592

Je remercie Babelio et le Cherche-Midi éditeur pour cette lecture,
lue dans le cadre d'une Masse Critique. 

* Quatrième de Couverture *

Kate Reddy compte les quelques semaines qui la séparent de la cinquantaine avec effroi. Si on ajoute à cette angoisse les hormones qui s'agitent, des ados qui ont besoin d'elle mais qui ne lui adressent pas la parole, des parents qui vieillissent et redeviennent des enfants, un mari qui se cherche et a décidé de s'offrir un break pour se consacrer à la méditation... Kate se trouve prise dans un sandwich qu'elle ne peut même pas avaler à cause des calories ! Tout cela sans compter son retour dans le monde du travail, où la cinquantaine est un tabou...
Juste au moment où elle commence à prendre ses marques dans son nouveau job, son ancien amant, Jack, réapparaît: les choses se compliquent, et c'est peu dire.

Allison Pearson écrit sur le challenge d'être parent à l'ère des réseaux sociaux, sur l'évolution du couple après des années de mariage, sur la difficulté pour une femme de reprendre le travail après une longue pose, sur la lutte permanente pour "rester dans le coup" malgré tout, et sur toutes les questions que se posent les femmes en vieillissant. Bien plus qu'un numéro d'équilibriste; il s'agit de réussir à se retrouver et à savoir de quoi on a besoin pour se sentir vivant(e) quand on s'est habitué(e) à être soi-même sa dernière priorité.

Avec ce roman hilarant, au rythme trépidant et à l'humour féroce, Allison Pearson nous démontre qu'il y a un peu de Kate Reddy en chacun(e) d'entre nous.
 
* Mon Avis *

Tout en humour sarcastique, ce roman qui mitigera sans aucun doute les lecteurs/lectrices, est tout de même sympathique.

Dans quelques mois, Kate va fêter ses cinquante ans, un cap dont elle ne veut absolument pas entendre parler; sa ménopause lui donne déjà bien assez l'impression constante de vieillir, entre ses pertes de mémoire, ses nerfs mis à vif, sa baisse de libido et ce poids qu'elle n'arrive pas à perdre... Kate doit aussi jongler avec:
1) son mari égoïste qui exerce le cyclisme à longueur de journée (en achetant, si possible, l'équipement pour son activité à un prix exorbitant) et a quitté son travail pour suivre une formation dont sa femme ne comprend ni les tenants ni les aboutissants...
2) deux adolescents, dont la première cherche sa place dans le monde et est prête à tout (y compris poster une photo de son fessier sur internet) pour entrer dans le groupe des populaires, et dont le second, immature, n'est encore que trop l'enfant gâté qu'il a été et profite allègrement du compte en banque de sa maman...
3) un chien, dont il faut bien s'occuper...
4) une mère et des beaux-parents avec des soucis de santé...
5) une soeur qui lui en veut constamment...
6) la recherche d'un emploi pour subvenir aux besoins du petit monde mentionné ci-dessus, et un job pour lequel elle va devoir mentir sur son âge...
7) Ah, et Jack aussi ! ce bel américain dont Kate est tombée amoureuse il y a de nombreuses années, à qui elle avait renoncé, et qui cherche à reprendre contact avec elle.
La vie de Kate Reddy est donc bien rythmée, et le jour où elle pourra pleinement penser à elle - et à elle seule - est encore lointain.

Kate Reddy, c'est un premier roman, "Je Ne Sais Pas Comment Elle Fait", ayant eu droit à une adaptation à l'écran dont Sarah Jessica Parker campait le rôle principal. Mais rassurez-vous, "La Nouvelle Vie de Kate Reddy" peut tout-à-fait être lu indépendamment de son lointain prédécesseur (sorti en 2002), et m'a même donné envie de découvrir les premières aventures de l'héroïne.
Le style narratif de ce roman n'est pas sans rappeler celui du "Journal de Bridget Jones", j'ai beaucoup aimé ce mélange d'humour, de sarcasme et de désespoir face à la vie - même si le pessimisme poussé durant une bonne partie du récit m'a parfois un peu pesé. Et voilà à quoi ressemble globalement mon ressenti sur cette lecture: mitigé ! Il y a eu de nombreux points qui m'ont déplu, et pourtant j'ai bien apprécié le rendu de cette histoire.

Kate est une femme attachante, même si je ne ferais pas les mêmes choix qu'elle et n'ai pas toujours compris son comportement. Totalement surmenée, à faire mille choses à la fois, elle en oublie de penser à elle et se retrouve en position de vivre pour les autres; on a à la fois envie de la plaindre et la secouer par les épaules pour qu'elle réagisse. Tellement prise par ses obligations, elle renonce facilement au lieu de continuer à lutter, et laisse faire au lieu de s'imposer. Aucun reproche fait à son mari, par exemple, qui en mériterait pourtant un grand nombre; des enfants irrespectueux qu'elle continue de gâter parce qu'il serait tellement dommage de les froisser (!); une fête qui dégénère sans que rien ne soit fait pour la stopper... Certaines situations m'ont particulièrement agacées, mais le pire est que tout cela représente une vérité pourtant tout à fait actuelle: certaines personnes, au bout de quelques années dans leur vie, arrête tout simplement de faire des efforts qui n'aboutissent pas.

La ménopause, sujet parfois traité mais rarement clairement nommé, est ici disséquée dans ses moindres détails, et j'ai vraiment bien apprécié cette manière de dire les choses. Pourquoi les taire, d'ailleurs ? Pourquoi laisser dans l'ombre certains faits inévitables de la vie ? Arrêtons un peu l'hypocrisie et suivons donc Allison Pearson avec ce roman où une bonne dose de féminisme est indubitablement présente. Sont aussi visés au court de ce pamphlet: la vision de la société envers les travailleurs d'un certain âge, les réseaux sociaux, les phénomènes de mode, et l'éducation des enfants au coeur d'un tel environnement en mutation. Seul point sur lequel je n'ai pas été d'accord: les critiques acerbes de l'héroïne envers tout ce qui a trait au végétarisme/véganisme, qui tournent très vite à l'irrespect.

Ce roman se laisse facilement lire et, malgré qu'il y ait un public visé (les femmes à partir de 35 ans environ, les mères de famille, la compilation des deux), il est aisé de s'identifier aux personnages en fonction des situations. J'ai, à de nombreuses reprises, levé les yeux au ciel ou poussé des soupirs exaspérés, mais le fait est qu'on trouve des excuses valables à Kate qui ne sait plus comment gérer sa vie, que ce roman parle justement de la vie dans ses grandes lignes et qu'il en est donc forcément intéressant.
 
* Parlons Couverture *

J'aime beaucoup cette couverture de Jeanne Mutrel: ses couleurs vives attirantes, le gâteau qu'elle représente et qui figure aussi le poids de la vie de l'héroïne qui le porte à bout de bras. Et sa texture aussi ! La couverture de ce roman a une texture différente ce que l'on croise habituellement, je ne sais pas s'il s'agit d'une particularité de la maison d'édition ou pas, mais j'aime beaucoup.



Citations:

* Les immunologistes se régaleraient à étudier la diffusion virale des photos compromettantes sur les réseaux sociaux. Je suis prête à parier que la grippe espagnole et le virus Ebola combinés n'atteindraient pas la vitesse de propagation de l'humiliation photographique sur le net.

* A un moment imperceptible, un jour comme n'importe quel autre, l'équilibre bascule et c'est au tour de l'enfant de rassurer ses parents.

* Depuis qu'il fait sa crise existentielle, mon mari a commencé à s'abonner à des magazines progressistes de gauche et à employer à tout bout de champ des mots comme "irresponsable" ou "les questions liées à". Au lieu de parler de pauvreté, il parle des "questions liées aux classes défavorisées". Je ne sais pas pourquoi plus personne ne dit "problème", si ce n'est que les problèmes attendent une solution et qu'il n'y en a pas, alors que les "questions" ont l'air importantes mais n'exigent pas de solutions.

* Je n'ai jamais aimé ce préjugé paresseux qui prête aux femmes des préoccupations et des opinions communes, comme si nous étions une sorte de minorité en voie d'extinction.

* Il faudrait vraiment qu'elle ait davantage confiance en elle, mais les filles comme Emily se mettent la barre tellement haut qu'elles ne se sentent jamais au niveau. Qu'est-ce qu'elle m'a dit, l'autre jour, déjà ? "Je ne suis ni la plus intelligente ni la plus jolie. Je ne suis la plus rien." C'est la maladie du siècle. J'aimerais pouvoir remuer le bout du nez, comme Samantha dans Ma Sorcière Bien-Aimée, et lui faire prendre conscience du peu d'importance qu'auront d'ici à quelques années la plupart des choses qui la préoccupent aujourd'hui. Hélas, s'il y a un cadeau qu'on ne peut offrir à ses enfants, c'est la perspective.



Suzy Bess.

 
  

4 commentaires:

  1. Bon du coup je ne suis pas visé non plus par ce roman (ma ménopause, ce n'est pas pour tout de suite en théorie !)^^

    Mais j'avoue que la couverture est attirante !

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    1. Ca peut être un bon roman pour quand tu auras ta crise de la cinquantaine par contre. ;)

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  2. Je l'ai repéré depuis quelques jours, j'ai très envie de le lire :)

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    1. N'hésite pas à tenter alors, j'espère que ça te plaira ! ;)

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