Anna et l'Homme-Hirondelle


Anna et l'Homme-Hirondelle
Titre original: "Anna and the Swallow Man"
Auteur: Gavriel Savit
Edition: Pocket
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par: Aline Azoulay-Pacvon
Nombre de pages: 224

Je remercie les éditions Pocket pour cette lecture,
lue dans le cadre de la Masse Critique de Babelio. 

* Quatrième de Couverture *

Cracovie, 1939. Que sait-on de la guerre, quand on n'a pas encore 8 ans ? Quelle langue peut dire à une petite fille que son père ne reviendra pas, sinon celle des oiseaux ?
Anna erre dans les rues de la ville lorsque l'Homme-Hirondelle la prend sous son aile. Cet étrange personnage, longiligne, sombre et mystérieux, sait parler aux oiseaux, éviter les soldats, connait le secret des routes et les dangers des hommes. Un long voyage va commencer pour eux, à travers champs et forêts, pour échapper à la guerre.
Dans un monde qui a perdu la raison, seuls les fous savent les chemins qu'emprunte encore la vie...
 
* Mon Avis *

Sublime, ce roman - tout en restant d'une authenticité brute - est d'une douceur et d'une poésie indescriptibles !

Un jour d'automne 1939, le père d'Anna la confie à un ami pharmacien le temps de se rendre à une conférence ordonnée à tous les professeurs de l'université de Jagellonne dont il fait partie. C'est l'opération Sonderaktion Krakau, visant les intellectuels. Il n'en reviendra pas. Quand le pharmacien refuse de garder la fillette avec lui, elle s'installe dans la rue, devant sa boutique; c'est là qu'elle fait la rencontre de l'Homme-Hirondelle, qu'elle va décider de suivre après qu'il lui ait redonné le moral. Cet homme n'a pas de nom car les noms sont dangereux, ils "sont le moyen dont disposent les gens pour nous retrouver. [...] Si tu conserves ton nom, ils sauront qui demander. Et ceux qui savent quelle personne demander peuvent découvrir où elle est allée, et ça peut les aider à te retrouver. Or, nous ne voulons pas être retrouvés." Cet homme énigmatique qui sait parler plusieurs langues, comme Anna, va, au cours de leur périple à travers la Pologne, lui enseigner le langage de la route (qui diffère du mensonge), la survie en temps de guerre lorsque l'on se retrouve pris entre deux armées, et une certaine vision de l'existence.

Cette histoire va longtemps me rester en tête. Gavriel Savit raconte un conflit dur et terrible, des yeux d'une enfant de 7 ans (au début du récit), d'une manière tout à fait poignante. Le duo principal est rapidement attachant par le contraste de caractère et de vécu qui les sépare, un abîme qui permet à leur relation de fonctionner au-delà de ce que l'on pourrait imaginer; Anna est captivante grâce à sa naïveté et à son innocence, quand l'Homme-Hirondelle, toujours très sibyllin, nous attire et nous fascine justement grâce à ce côté ténébreux. Pour se faire comprendre de la fillette, ce dernier va user, tout au long de leur histoire, de nombreuses métaphores et autres allégories - le récit en est plein; ces images et ces symboles apportent beaucoup de lyrisme. C'est d'ailleurs un roman d'une beauté cruelle, presque comme celle d'un conte, sa poésie est sans cesse contrebalancée par l'horreur de la situation - la fouille de corps morts pour trouver un peu de nourriture, les cris, les odeurs, les bruits des tirs, la peur...

L'auteur possède une plume d'une délicatesse qui m'a touchée, elle est envoûtante et à suivre de très près ! Son récit, court, se lit rapidement; tout en contraste, il m'a subjuguée: je le recommande vivement !
 
* Parlons Couverture *

Cette photographie de Christine Ellger paraît épurée, mais elle est au contraire pleine de symboles et est totalement en accord avec le roman. Les pas dans la neige représentent les traces que l'Homme-Hirondelle ne veut pas laisser derrière lui; l'homme au parapluie figure sans conteste ce personnage; l'arbre et les oiseaux qui le surplombent rappellent un passage émouvant du récit; le blanc de cette composition nous fait penser à la pureté de la petite Anna; et ce titre en rouge, une couleur mentionnée dans le roman... Je trouve cette couverture parfaite !



Citations:

* Il n'est de labyrinthe plus traître que celui qui n'a ni chemins ni murs.

* - Chaque homme est le régisseur de son âme.

* Aucune parole, dans aucun des langages que connaissaient l'Homme-Hirondelle et Anna, n'aurait mérité d'être prononcée, en cet instant. Un mot est un compromis verbal pour désigner l'infime portion d'un tout - "pomme" ou "courir"; "pleinement" ou "mystère". En cet instant précis, ce qui était n'avait aucun sens, seul ce qui n'était pas en avait.

* La déception, aussi lourde soit-elle, a des angles droits et des angles ronds, on peut toujours la fourrer dans une valise, quitte à en combler les moindres espaces. L'espoir aussi. Mais le mélange des deux est bien plus encombrant et plus pesant. Bien trop délicat pour être empaqueté. Vous devez le porter dans vos bras.

* "Les questions, Anna, les questions sont bien plus précieuses que les réponses, et elles ont beaucoup moins tendance à t'exploser en pleine face, aussi. Si tu continues à chercher des questions, tu ne pourras guère t'éloigner du droit chemin.
Anna n'avait pas compris.
- Pourquoi ? avait-elle demandé.
Il avait souri.
- Bravo."



Suzy Bess.

  

Commentaires

  1. Une couverture simple est souvent bien plus parlante et intrigante que d'autres^^. En tout cas ça donne trés envie de lire le roman tout ça !

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