dimanche 4 mars 2018

Rien de plus Grand


Rien de plus Grand
Titre original: "Störst Av Allt"
Auteure: Malin Persson Giolito
Editeur: Presses de la Cité
Traduit du suédois par: Laurence Mennerich
Nombre de pages: 491

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la Cité pour l'envoi de ce livre,
lu dans le cadre de la Masse Critique. 

* Quatrième de Couverture *

La pièce empeste les oeufs pourris. L'air est lourd de la fumée des tirs. Tout le monde est transpercé de balles, sauf moi. Je n'ai même pas le moindre bleu.

Stockholm, sa banlieue chic. Dans un salle de classe, cinq personnes gisent sur le sol. Debout au milieu d'elles, Maja Norberg, dix-huit ans à peine, élève modèle et fille de bonne famille. Son petit copain, le fils de la plus grosse fortune de Suède, et sa meilleure ami, une jolie blonde soucieuse de la paix dans le monde, figurent parmi les victimes, ainsi que Samir, brillant fils d'immigrés décidé à s'affranchir de sa condition. Neuf mois plus tard, après un battage médiatique qui a dépassé les frontières suédoises, le procès se tient. Mais qui est Maja ? Qu'a-t-elle fait, et pourquoi ?

Nerveux comme un thriller, "Rien de plus grand" radiographie les hypocrisies des classes dirigeantes et l'extrême violence qui ressurgit sur leurs enfants. Déjà best-seller en Suède, ce portrait dérangeant et empathique d'une génération est en cours de publication dans 28 pays. Netflix vient d'en acheter les droits pour l'adapter en série.
 
* Mon Avis *

Ouh, voilà un young adult sombre et particulièrement intéressant.

Cela fait neuf mois que Maja est en maison d'arrêt quand son procès commence enfin; elle est accusée de meutres, perpétrés au cours de la fusillade s'étant produite dans sa classe du lycée de Djursholm. Mais la vérité n'est pas si simple, c'est ce que nous réalisons en prenant connaissance, au cours de la procédure, des deux versions de l'histoire: celle de la procureure Lena Pärsson, chargée de la défense, et celle avancée par Maja via son trio d'avocats, la vedette du barreau Peder Sander en tête. Durant les longues journées passées à attendre sur sa chaise du tribunal, Maja se souvient par flashbacks de sa vie passée et des évènements l'ayant conduite ici.

Comme indiqué sur la couverture du livre, ce roman a reçu le prix du meilleur thriller scandinave 2017, mais je trouve qu'il correspond moins à ce genre qu'à un sombre young adult, comme je le mentionne plus haut; c'est un mélange des deux, sans doute. L'ambiance de ce roman est assez spéciale: oppressante, elle est aussi emplie des sarcasmes lancés par l'héroïne, qui raconte l'histoire. Maja est une jeune fille intelligente vivant une période difficile de son existence: elle est rapidement devenue dépendante de son petit-ami qui l'entraîne dans une spirale destructrice sans qu'elle parvienne à arranger la situation. Elle fait de son mieux pour essayer d'aider Sebastian, mais il refuse la réalité et notre héroïne se retrouve rapidement abandonnée par des adultes qui auraient dû l'aider.
La majorité des personnages est issue de milieux favorisés, c'est l'un des éléments qui rendent cette histoire intéressante; cela nous change de ce que nous avons l'habitude de lire et c'est très bien comme ça: le malheur ne choisit pas ses victimes en fonction de leur compte en banque, il touche tout le monde. Ces personnages qui nous sont présentés ne m'ont pas forcément émue, je ne me suis pas vraiment attachée à eux, mais cela n'a eu aucune incidence sur ma lecture car j'ai grandement apprécié cette histoire; je me suis intéressée à eux et au sort de Maja, rien de plus, mais cela m'a suffit.
La construction du récit le rend captivant; en alternant les faits présents et ceux passés, l'auteure - ancienne avocate/juriste - ne nous révèle jamais immédiatement ce que nous voulons savoir mais nous permet de mieux comprendre les protagonistes. Au cours de l'intrigue, elle traite de sujets forts avec âpreté: drogues, sexe, racisme, violence, abandon familial, politique migratoire, ou encore - et surtout - dépendance affective, sont autant de problèmes mis en scène avec justesse et rendant ce roman psychologiquement percutant.

La force de ce roman est vraiment ce côté psychologique creusé, fouillé, disséqué, et sa critique sous-jacente de notre société actuelle. A découvrir !
 
* Parlons Couverture *

Pendant un long moment, durant ma lecture, j'ai été déconcertée par cette photographie de couverture de Lena Granefelt. Mais je la trouve finalement tout à fait adaptée: elle retransmet bien l'atmosphère particulière du roman, fait référence à une scène essentielle de l'intrigue, et je trouve le contraste des couleurs sublime. Je crois même que je la préfère à l'originale, que vous pouvez voir ci-dessous:



Citations:

* Une fin n'est tragique que si elle a été précédée d'une alternative, que si elle ressemble à une conclusion injuste. Pas quand elle est inévitable.

* Peut-être la chance ressemble-t-elle à la malchance en cela qu'il faut du temps pour l'assimiler. Au départ, on ne ressent rien. Les émotions viennent plus tard, peut-être seulement après la disparition de ce qui nous comblait.

* Il y a des mots que l'on ressent dans tout le corps. Qui éveillent un sentiment dans une partie du cerveau à laquelle on ne s'attendait pas. Les bons mots peuvent réchauffer le coeur.

* Il y a une limite aux inégalités qu'une société peut accepter tout en restant une démocratie stable.

* Les superstitions ne sont d'aucun secours contre la réalité.

* Pendant les heures sombres, il n'y a plus de mensonges.

* Les gens affirment que toutes les vies ont la même valeur. C'est ce qu'on dit quand on est poli, bien élevé et, peut-être, qu'on a un diplôme universitaire. En réalité, tout le monde sait que c'est faux. Car quand un avion s'échoue au large de l'Indonésie en faisant quatre cents victimes, les informations en parlent deux fois plus si un compatriote figure dans le sombre bilan. Un pitoyable Suédois empestant la sueur, parti faire du tourisme sexuel, vaut deux fois plus que quatre cents Indonésiens. Voilà pourquoi quand une jolie jeune femme pleine d'ambition meurt dans une avalanche, cela fait les gros titres (avec photo en une), tandis qu'une seule brève coincée entre le programme cinéma et une pub pour des implants mammaires est consacrée à un retraité incontinent, divorcé et sans enfants, assassiné après une tentative de vol dans le métro qui le ramenait chez lui.

* La nuit, je suis comme un jour sans vent, où tout est immobile, où rien n'arrive à voler.



Suzy Bess.

  

2 commentaires:

  1. Et bien ça donne trés envie tout ça. J'avoue que la couverture ne me laissait pas forcément penser à ce genre de roman. Mais j'essayerais de le lire à l'occasion !

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