dimanche 24 février 2019

La Face Cachée de Margo


La Face Cachée de Margo
Titre original: "Paper Towns"
Auteur: John Green
Editeur: Gallimard
Traduit de l'anglais (américain) par: Catherine Gibert
Nombre de pages: 390

* Quatrième de Couverture *

PERSONNE NE S’INTÉRESSE VRAIMENT AUX CHOSES IMPORTANTES

Mar-go-Roth-Spie-gel-man, le nom aux six syllabes qui fait fantasmer Quentin depuis toujours.
Alors forcément, quand elle s'introduit dans sa chambre, une nuit, par la fenêtre ouverte, pour l'entraîner dans une expédition vengeresse, il la suit. Mais au lendemain de leur folle nuit blanche, Margo ne se présente pas au lycée, elle a disparu.
Quentin saura-t-il décrypter les indices qu'elle lui a laissés pour la retrouver ? Plus il s'en approche, plus Margo semble lui échapper...

Laissez-vous happer par le mystère de Margo, hypnotiser par la fascination amoureuse, réconforter par l'amitié qui réunit les personnages de John Green. Un road-trip jubilatoire jalonné de vérités profondes sur la vie, l'amour, la mort et les désillusions.
   
* Mon Avis *

Touchante histoire, John Green n'a pas son pareil pour parler de l'adolescence !

Voisins depuis l'enfance, Margo et Quentin, aujourd'hui en dernière année de lycée, ont perdu contact; jusqu'au soir où Margo entre dans la chambre de son ancien meilleur ami d'enfance pour l'embarquer dans une folle virée nocturne. Une nuit ahurissante où le jeune homme, amoureux de Margo depuis toujours, dépasse sa réserve et se laisse entraîner avec plaisir en laissant s'installer l'espoir d'un changement dans leur relation. Malheureusement, il apprend peu après la disparition de Margo, grande spécialiste de la fugue. Les parents de la jeune fille ne s'inquiète pas, mais Quentin, si; d'autant plus qu'elle lui a laissé de curieux indices et qu'il est désormais persuadé qu'elle s'est tuée. A quelques semaines de sa remise de diplôme, Quentin n'a plus qu'une idée en tête: retrouver Margo quoi qu'il puisse lui en coûter, au risque de briser des amitiés et de manquer des expériences uniques.

Ce roman d'apprentissage nous raconte le passage à l'âge adulte d'une manière émouvante et réfléchie. Comme le titre ne l'indique pas, le héros de ce roman est Quentin. Ou disons plutôt que ce roman a deux personnages principaux: le jeune homme susdit, donc, à l'esprit particulièrement peureux et aimant sa vie bien organisée; et Margo, son contraire au niveau du caractère, aventureuse à l'extrême, et que nous allons apprendre à connaître par le regard de Quentin, absente mais pourtant derrière chaque ligne de ce récit. Il va suffire de quelques heures et de discussions profondes, en plus d'une obsession amoureuse bien ancrée, pour transformer en partie Quentin.
A travers la quête d'une personne par un autre individu, c'est la recherche même de la signification de la vie qui nous est proposée par John Green, et une réflexion très intéressante sur la perception que nous avons des autres. L'auteur nous présente des personnages parfois déphasés, mal dans leur peau, et traite de la dépression avec une subtilité qui m'a bluffée. D'une plume toujours pétillante, il se laisse porter par la poésie de ses références (Walt Whitman, très présent au cours du récit) pour s’interroger en notre compagnie sur l'existence, ses absolus, ses chemins de traverse et sa finalité... on ne peut qu'être charmé par ces questionnements et les phases de réflexion qui en découlent. J'ai été un peu moins séduite par certaines longueurs ou scènes pas toujours utiles au bon déroulement de l'intrigue, mais l'humour présent dans ces pages est un vrai délice, les métaphores sont intéressantes, et j'aime tellement le ton adolescent de l'auteur qui apporte une belle authenticité à ses personnages !

Une lecture joliment captivante, donc.
 
* Parlons Couverture *

Immanquable, on ne peut que remarquer cette couverture et son design coloré. La flèche semble vouloir nous inviter à ouvrir ce livre et à suivre les indices laissés par Margo. Ça interpelle, j'aime bien !


Citations:

* Voilà comment je vois les choses, tout le monde a droit à son miracle.

* - Je suis une fervente adepte de la majuscule aléatoire. Les règles qui régissent les majuscules sont trop injustes vis-à-vis des mots du milieu.

* Maintenant j'ignore ce qu'il convient de dire à une caissière devant laquelle on dépose à minuit et demi sur son tapis roulant cinq kilos huit de poissons, un tube de crème dépilatoire, un autre de vaseline taille gros papa joufflu, six canettes de soda, une bombe de peinture bleue et une douzaine de tulipes.
- Ce n'est pas aussi bizarre qu'il y paraît, dis-je finalement.
La jeune femme s'est raclé la gorge, mais sans lever les yeux.
- C'est quand même bizarre, a-t-elle marmonné.

* - Tu savais que durant une bonne partie de son histoire, l'homme a eu une longévité qui n'excédait pas trente ans ? On pouvait espérer jouir de dix ans de vie d'adulte tout au plus. Personne ne faisait de plan de carrière. Personne ne pensait à sa retraite. Personne ne faisait de plan du tout. Pas de temps pour les plans. Pas de temps pour l'avenir. Puis la durée de vie s'est allongée et les gens ont eu de plus en plus d'avenir, et par voie de conséquence ils ont consacré plus de temps à y réfléchir. A l'avenir. Et aujourd'hui, la vie est devenue l'avenir. Chaque instant est vécu pour l'avenir: on va au lycée en vue d'aller en fac en vue de décrocher un bon boulot en vue d'avoir une jolie maison en vue de pouvoir payer des études supérieures à ses enfants de façon à ce qu'ils décrochent un bon boulot en vue d'avoir une belle maison en vue de payer des études supérieures à leurs gosses.

* - Lumière, le rappel visible de l'invisible lumière. (T.S. Eliot)

* - Il m'a toujours semblé ridicule qu'on puisse avoir envie de sortir avec quelqu'un sous prétexte qu'il était beau. Ce serait comme choisir ses céréales en fonction de la couleur et non du goût.

* Planté devant ce bâtiment, j'apprends quelque chose sur la peur. J'apprends qu'elle n'est pas le fantasme vain d'un individu qui a peut-être envie qu'il lui arrive quelque chose d'important, même si ce quelque chose est horrible. [...] C'est l'émotion la plus primitive de toutes, la sensation qui nous accompagnait avant d'exister, avant que ce bâtiment n'existe, avant que la terre n'existe. [...]
Je crois que la raison pour laquelle j'ai passé le plus clair de mon existence à avoir peur est que je m'efforçais de me préparer, d'entraîner mon corps à la véritable peur quand elle se présenterait. Mais je ne suis pas préparé.

* - Il y a quelque chose de désespérément héroïque à mener une bataille perdue d'avance.

* - Ne nous est-il pas fondamentalement difficile de comprendre que les autres sont des humains au même titre que nous ? On a tendance à les idéaliser comme des dieux ou à les rejeter comme des bêtes.

* Il est si difficile de partir, jusqu'à ce qu'on parte. Ensuite, c'est le truc le plus fastoche du monde.

* Il ne vaut de partir, le départ n'a vraiment de valeur, que si l'on quitte quelque chose d'important, quelque chose qui vous est cher. Arracher la vie par les racines. Mais on n'y parvient qu'une fois poussées les racines de sa vie.

* Les gens sont si nombreux. Il est facile d'oublier que le monde est si plein de gens, plein à craquer. Chacun lisible et régulièrement mal lu.

* - C'est toujours plus facile d'aimer les gens de loin.

* Quel concept périlleux de croire qu'une personne est plus qu'une personne !

* - Si on cesse d'imaginer, rien ne se passe.



Suzy Bess.
 

1 commentaire:

  1. J'essayerais de le lire aussi. Il faut d'abord que je lise "Nos étoiles contraires" mais je voudrais voir si le roman est meilleur que le film pour le coup.

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